LÈVES TOUJOURS PLUS HAUT TES YEUX VERS LA LUMIÈRE. :
SECRETS
MERVEILLEUX
DE LA MAGIE NATURELLE
ET CABALISTIQUE
DU PETIT ALBERT,
Traduits exactement sur l'original
latin, intitulé:
ALBERTI PARVI LUCII
Libellus de mirabilibus naturæ
arcanis.
Enrichis de Figures mystérieuses; & la
maniere de les faire.
Nouvelle Édition, corrigée & augmentée.
A LYON,
Chez les Héritiers de Beringos Fratres;
à l'enseigne d'Agrippa.
M. DCC. LXXXII.
Page 11.
[Figure 1. HIPOMANES]
VOici une nouvelle édition du livre des merveilleux secrets du Petit Albert, connu en Latin soius le titre de Alberti Parvi Lucii Libellus de mirabilibus naturæ arcanis: l'auteur, à qui on l'attribue, ayant été un de ces grands hommes, qui par le peuple ignirant ont été accusés de magie; (c'étoit autrefois le sort de tous les grands esprits qui possédoient quelque chose d'extraordinaire dans les sciences, de les traiter de magiciens.) C'est peut-être par cette raison que ce petit trésor est devenu si rare; parce que les superstitieux ont fait scrupule de s'en servir, il s'est presque comme perdu: car une personne distinguée dans le monde a eu la curiosité (à ce que l'un assure) d'en offrir plus de mille florins pour un seul exemplaire; encore ne l'a-t-on pu découvrir que depuis peu dans la bibliotheque d'un très-grand homme qui l'a bien voulu donner, pour ne plus priver le public d'un si riche trésor. On pourra s'en servir à présent à peu de frais, avec utilité & beaucoup de profit. Les curieux ne s'attacheront pas au langage vieux & peu poli de ce livre; on a mieux aimé le laisser comme on l'a trouvé, que d'y changer quelque chose, de peur d'en altérer le véritable sens. Au reste, on ne sera pas fâché que l'on ait ajouté à la fin de ce trésor, encore quelques secrets merveilleux, donnés par une personne d'une grande expérience; & comme il est parlé souvent dans ce recueil, de préparer quelques secrets aux heures des planetes, on trouvera à la fin de ce livre des tables qui marquent l'heure de la levée du soleil pour tous les jours de l'année, afin de ne se point tromper sur les heures que chaque planete gouverne: car il faut savoir qu'il faut compter la premiere heure depuis la levée de soleil, & non pas à minuit, comme quelques-uns ont prétendu par erreur.
LE TRÉSOR
DES
MERVEILLEUX
SECRETS
LE véritable curieux, qui desire de profiter dans les secrets les plus rares & les plus cachés de la nature, doit, avec épanchement de cœur, ouvrir les yeux de son entendement sur ce que je lui ai ramaffé avec beaucoup de soin & d'exactitude dans ce petit volume.
Il peut bien être appellé un trésor universel, puisque dans sa petitesse il renferme des merveilles capables de faire plaisir à tout le genre humain. Le noble comme le roturier; le négociant de ville comme le laboureur de la campagne; l'homme de guerre comme le pacifique; le damoiseau comme la jouvencelle; la femme grosse comme la pucelle, & sur-tout le bon conducteur de sa famille, prendront tous en gré ce que mes propres expériences ont éprouvé à leur avantage, & pour satisfaire leurs plus vives inclinations & leurs plus empressés desirs.
Or, afin de garder quelque ordre méthodique dans ce mien ouvrage, & de le rendre plus utile & plus agréable à mes lecteurs, je distinguerai les matieres chacune séparément, de peur que le mêlange indiscret n'apporte une confusion embarrassante; je veux dire, que quand je traiterai, par exemple, des secrets de l'amour ou de la guerre, je proposerai tout de suite, & sans interruption, ce que je voudrai donner sur ces sujets: ou, si par une liaison naturelle, je traite ailleurs de quelques secrets qui conviennent à l'amour ou à la guerre, j'en avertirai mes lecteurs, en leur indiquant les endroits où ils pourront trouver ces secrets.
Il est bon d'avertir pareillement mes lecteurs, que, tout surprenans que puissent paroître les secrets que je leur propose dans ce petit volume, ils n'excedent point les forces occultes de la nature; c'est-à-dire, de tous les êtres créés qui sont épars dans ce vaste univers, soit dans les cieux, dans les airs, sur la terre & dans les eaux. Car ainsi qu'il est écrit que le sage dominera les astres, par sa prudence, de même doit-on être persuadé que les astres par leurs aimables influences profiteront au sage qui sera instruit de leur ascendant.
Or, il est besoin de savoir que par l'ascendant des astres on doit entendre leurs favorables dispositions entre elles; comme font leurs aspects ou regards, leurs entrées & demeure dans les signes célestes. Par le mot astres, on entend communément les planetes qui ont leur jour propre dans le cours de la semaine; le Soleil pour le dimanche, la Lune pour le lundi, Mars pour le mardi, Mercure pour le mercredi, Jupiter pour le jeudi, Vénus pour le vendredi, Saturne pour le samedi.
Ceux qui n'ont point étudié dans les sciences sublimes de la philosophie & astronomie, pourront, ou consulter les astrologues, ou se servir d'un bon almanach quand ils voudront mettre en pratique quelque secret qui dépend des aspects ou conjonction des astres, afin que l'exactitude qu'ils apporteront dans l'opération qu'ils feront, rendre l'issue bonne, utile & favorable.
Que l'on n'attribue point à magie ou diablerie, si dans quelques-uns des merveilleux secrets que je donnerai, on se sert de certains paroles ou figures; car elles ont leur vertu & efficacité [9] indépendamment de la magie, & les anciens sages hébreux s'en sont servis avec beaucoup de religion. L'histoire & la chronique de France nous apprennent que Charlemagne reçut d'un pape un petit livre qui n'étoit composé que de figures & de paroles mystérieuses, dont ce prince se servit fort heureusement dans une infinité d'occasions, & ce petit livre a pour titre, enchiridium Leonis papæ. Les merveilles que ce petit livre a produites en faveur de ceux qui s'en sont servis, l'ont rendu recommandable en dépit de ceux qui l'ont voulu décrier comme superstitieux.
Enfin j'avertis mes lecteurs qu'ils ne trouveront rien de commun & de trivial dans ce mien petit ouvrage; c'est comme un extrait & un élixir de ce que la nature perfectionnée & aidée de l'art, a de plus merveilleux dans ses vertus occultes; je ne me laisse point séduire à la vanité en les produisant comme de moi-même & de mon [10] estoc: j'avoue ingénument que je les ai tirés des écrits des plus fameux philosophes qui ont pénétré avec une admirable application tout ce que la nature a de plus curieux & de plus caché; il est vrai que je ne les propose pas ici avec témérité, puisqu'il n'y en a presque pas un dont je n'aie eu le plaisir de faire l'expérience par moi-même.
Comme il n'y a rien de plus naturel à l'homme d'aimer & de se faire aimer, je commencerai l'auverture de mon petit trésor par les secrets qui conduisent à cette fin; & sans m'amuser à invoquer Vénus & Cupidon, qui sont les deux divinités dominantes sur cette noble passion de l'homme, je dirai que dame nature, qui fait toutes choses pour l'homme, produit tous les jours grand nombre de créatures qui lui deviennent favorables [11] dans le succès de ses amours. L'on trouve assez souvent au front du poulain de la cavale un morceau de chair, dont je donne ici la figure, qui est d'un merveilleux usage en fait d'amour: car si l'on peut avoir ce morceau de chair que les anciens ont appellé hippomanes, on le fera sécher dans un pot de terre neuf vernissé, dans un four, quand le pain en est tiré, & en le portant sur soi, & le faisant toucher à la personne dont on voudra être aimé, on réussira: si l'on peut avoir la commodité d'en faire avaler seulement la grosseur de deux pois dans quelque liqueur, confiture ou ragoût, l'effet sera encore infaillible; & comme le vendredi est le jour consacré à Vénus, qui préside aux mysteres d'amour, il sera bon de faire l'expérience ce jour-là. Voyez ce que dit le célebre Jean-Baptiste Porta, des surprenantes propriétés de l'hippomanes pour causer l'amour.
[12]
Tirez de votre sang un vendredi du printems; mettez-le sécher au four dans un petit pot, comme est dit ci-dessus, avec les deux couillons d'un lievre & le foie d'une colombe: réduisez le tout en poudre fine, & en faites avaler à la personne sur qui vous aurez quelque dessein, environ la quantité d'une demi-drachme; & si l'effet ne suit pas à la premiere fois, réitérez jusqu'à trois fois, & vous serez aimé.
Vivez chastement au moins cinq ou six jours, & le septieme, qui sera le vendredi, si faire se peut; mangez & bovez des alimens de nature chaude qui vous excitent à l'amour; & quand vous vous sentirez dans cet état, tachez d'avoir une conversation familiere avec l'objet de votre passion, & faites ensorte qu'elle vous puisse [13] regarder fixement, vous & elle, seulement l'espace d'un ave Maria: car les rayons visuels se rencontrant mutuellement, seront de si puissans véhicules de l'amour, qu'ils pénétreront jusqu'au cœur, & la plus grande fierté & la plus grande insensibilité ne pourront leur résister. Il est assez difficile de réduire une fille, qui a de la puder, à regarder fixement un jeune homme durant quelque espace de tems; mais on la pourra obliger à cela, en lui disant, en badinant, qu'on a appris un secret de deviner par les yeux, si l'on doit être bientôt marié, si l'on vivra long-tems, si l'on sera heureux dans son mariage, ou quelqu'autre chose semblable qui flatte la curiosité de la personne, & qui la fasse résoudre à regarder fixement.
Ayez une bague d'or garnie d'un petit diamant, qui n'ait point été portée depuis qu'elle est sortie des [14] mains de l'ouvrier, enveloppez-la d'un petit morceau d'étoffe de soie, & la portez durant neuf jours & neuf nuits, entre chemise & chair à l'opposition de votre cœur. Le neuvieme jour, avant soleil levé, vous graverez avec un poinçon neuf en dedans de la bague ce mot, Scheva. Puis tacherez par quelque moyen d'avoir trois cheveux de la personne dont vous voulez être aimé, & vous les accomplerez avec trois des vôtres, en disant: ô corps, puisse-tu m'aimer, & que ton dessein réussisse aussi ardemment que le mien, par la vertu efficace de Scheva! Il faudra nouer ces cheveux en lacs d'amour, ensorte que la bague soit àpeu-près enlacée dans le milieu du lac; & l'ayant enveloppée dans l'étoffe de soie, vous la porterez derechef sur vorte cœur autres six jours, & le septieme jour vous dégagerez la bague du lac d'amour, & ferez ensorte de la faire recevoir à la personne aimée: toute cette opération se doit [15] faire avant le soleil levé & à jeun.
Pour ne rien dire qui choque la bienséance, je ne copierai point ici ce que j'ai lu dans un très-habile médecin, touchant la vertu nompareille du sperme ou semence humaine pour induire à l'amour, d'autant que l'expérience ne s'en peut faire sans violenter la nature qui nous fournit assez d'autres moyens. Ayez donc plutôt recours à l'herbe que l'on nomme ennula campana, dont je donne ici la figure.
Il faut la cueillir à jeun la veille de la saint Jean au mois de juin avant soleil levé, la faire sécher, réduire en poudre avec de l'ambre gris; & l'ayant portée durant neuf jours sur votre cœur, vous tacherez d'en faire avaler à la personne dont vous desirez d'être aimé, & l'effet suivra. Le cœur d'hirindelle, de colombe, de passereau, mêlé avec le propre sang [16] de la personne qui veut se faire aimer, a le même effet.
On peut aussi réussir avec beaucoup de succè dans cette entreprise par le secours des talismans faits sous la constellation de Vénus; je donnerai dans la suite de ce petit ouvrage des modeles gravés en taille douce de sept talismans que l'on peut faire sous les auspices des sept planetes, & je parlerai de la maniere méthodique de les faire, & des vertus qu'ils renferment: on pourra voir pour le sujet que je traite celui de Vénus. Ces talismans ont été composés par les plus sages d'entre les cabalistes, & sont dressés sur des nombres mystérieux, & des figures hiéroglyfiques convenables aux planetes d'où ils tirent leurs propriétés; ils les ont appellés les cachets ou les sceaux des planetes ou célestes intelligences.
[17]
Il y a des secrets que l'on appelle chez les sages cabalistes, pomme d'amour, & ils se pratiquent en cette maniere. Vous irez un vendredi matin avant soleil levé dans un verger fruitier, & cueillerez sur un arbre la plus belle pomme que vous pourrez; puis vous écrirez avec votre sang sur un petit morceau de papier blanc votre nom & surnom, & en une autre ligne suivante, le nom & surnom de la personne dont vous voulez être aimé, & vous tacherez d'avoir trois de ses cheveux, que vous joindrez avec trois des vôtre qui vous serviront à lier le petit billet que vous aurez écrit avec une autre, sur lequel il n'y aura que le mot de Scheva, aussi écrit de votre sang, puis vous fondrez la pomme en deux, vous en ôterez les pepins, & en leur place vous y mettrez vos billets liés des cheveux, & avec deux petits brochettes pointues de branches [18] de myrthe verd, vous rejoindrez proprement les deux moitiés de pomme & la ferez sécher au four, ensorte qu'elle devienne dure & sans humidité comme les pommes seches de carême; vous l'envelopperez ensuite dans des feuilles de lauriers & de myrthe, & tacherez de la mettre sous le chevet du lit où couche la personne aimée, sans qu'elle s'en apperçoive, & en peu de tems elle vous donnera des marques de son amour.
Il ne suffit pas à l'homme de se faire aimer de la femme passagérement & pour une fois seulement; il faut que cela continue, & que l'amour soit indissoluble, & par ainsi il a besoin d'avoir des secrets pour engager la femme à ne point changer ou diminuer son amour. Vous prendrez donc à ce sujet la moëlle que vous trouverez dans le pied gauche d'un loup, vous en ferez une espece de [19] pommade avec de l'ambre gris & de la poudre de Cypre, vous porterez sur vous cette pommade, & vous la ferez flairer de tems en tems à la femme, qui vous aimera de plus en plus.
Comme il se pourroit faire que la femme se dégoûteroit de l'homme s'il n'étoit robuste dans l'action de Vénus, il doit se précautionner non-seulement par les bons alimens, mais encore par des secrets que les anciens & modernes rechercheurs des merveilles de la nature ont éprouvés. Il faut, disent-ils, composer un baume de la cendre de stellion, d'huile de mille-pertuis & de civette, & en oindre le grand doigt du pied gauche & les reins une heure avant que d'entrer au combat; & l'on en sortira avec honneur & satisfaction de sa partie.
La pommade composée d'oing de [20] jeune bouc, avec de l'ambre gris & de la civette, produit le même effet, si l'on en frotte le gland du membre viril; car cela produit un chatouillement qui donne un merveilleux plaisir à la femme dans l'action du coït.
Si le mari trouve que sa femme soit de complexion froide, & ne se plaise au déduit, qu'il lui fasse manger les couillons d'oie, & le ventre de lievre, assaisonnés de fines épices, & de tems en tems des salades où il y ait beaucoup de roquette, de satyrion & de céleri avec vinaigre rosat.
Nos anciens assurent que l'oiseau rain remede contre le sortilege de l'aiguillette nouée; si on le mange rôti à jeun avec du sel bénit... si on respire la fumée de la dent brûlée d'un homme mort depuis pen, on sera pareillement [21] délivré du charm... Le même effet arrive, si on met du vif argent dans un chalumeau de paille d'avoine ou de paille de froment, & que l'on mette ce cha;umeau de paille de froment ou d'avoine sous le chevet du lit où couche celui qui est atteint de ce maléfice... Si l'homme & la femme sont affligés de ce charme, il faut, pour en être guéris, que l'homme pisse à travers de l'anneau nuptial que la femme tiendra pendant qu'il pissera.
Ayez la verge d'un loup nouvellement rué, & étant proche de la porte de celui que vous voudrez lier, vous l'appellerez par son propre nom, & aussi-tôt qu'il aura répondu, vous lierez ladite verge du loup avec un lacet de fil blanc, & il sera rendu si impuissant à l'acte de Vénus, qu'il ne le seroit pas davantage s'il étoit châtré. De bonnes expériences ont fait connoître que pour remédier, & même pour [22] empêcher cette espece d'enchantement, il n'y a qu'à porter un anneau dans lequel soit enchassé l'œil droit d'une belette.
Réduisez en poudre le membre génital d'un taureau roux, & donnez le poids d'un écu de cette poudre dans un bouillon composé de veau, de pourpier & de laitue à la femme trop convoiteuse; & l'on n'en sera plus importuné, mais au contraire elle aura a version de l'action vénérienne.
Quoique les alimens assaisonnés avec laitue & pourpier soient fort utiles pour amortir l'ardeur de la concupiscence, néanmoins comme on n'en trouve pas dans toutes les saisons, & que l'on se pourroit ennuyer de cette mangeaille, à l'imitation des [23] Israélites qui s'ennuyerent de la manne du désert, la nature a pourvu de plusiers autres remedes. Vous prendrez donc de la poudre d'agate, que vous mettrez dans une bande de linge que l'on aura trempée dans la graisse de loup, & l'on ceindre les reins de cette bande en guise de ceinture; outre cela, l'homme portera sur soi un cœur de caille mâle, & la femme celui d'une caille femelle, & il aura plus d'effet s'il est enveloppé dans un morceau de peau de loup.
Vous prendrez du jais ou jayer, que vous réduirez en poudre impalpable; vous en ferez prendre le poids d'un écu à la fille; & si la fille a été corrompue, il lui sera du tout impossible de retenir son urine, & il faudra qu'elle pisse incontinent: si au contraire elle est chaste, elle retiendra son urine plus qu'à l'ordinaire. L'ambre [24] jaune ou blanc, dont on fait des colliers & des chapelets, produit la même épreuve, si l'on s'en sert avec la même préparation que le jais ou jayet: la semence de porcelaine, la feuille de glouteron & la racine, réduites en poudre, & données à boire dans un bouillon ou autre liqueur, servent fort bien à la même épreuve.
Ayez une aiguillée de fil blanc, mesurez avec ce fil la grosseur du cou de la fille, puis vous doublerez cette mesure, & vous en ferez tenir les deux bouts à la fille avec ses dents, & vous étendrez ladite mesure pour faire passer sa tête dedans; si la tête passe trop aisément, elle est corrompue, si elle ne passe qu'à peine, assurez-vous qu'elle est pucelle.
Prenez terre bénite de Venise demi-once, un peu de lait provenant des [25] feuilles d'asperges, un quart d'once de crystal minéral infusé dans un jus de citron, ou jus de prunes vertes, un blanc d'œuf frais avec un peu de farine d'avoine: de tout cela faites un bolus qui ait un peu de consistance, & vous le mettrez dans la nature de la fille défleurée après l'avoir seringuée avec du lait de chevre & ointe de pommade de blanc-rasis. Vous n'aurez pas pratiqué ce secret quatre ou cinq fois, que la fille reviendra en état de tromper la matrône qui la voudroit visiter. L'eau d'espargoute distillée avec du jus de citron, étant seringuée plusieurs jours de suite dans la nature de la fille, produit le même effet en oignant la partie avec pommade, comme est dit ci-devant.
Ceux qui sont obligés de s'absenter pour long-tems de leur maison, & qui ont des femmes suspectes & sujettes [26] â caution, pourront, pour leur sûreté, pratiquer ce qui suit. Il faut prendre un peu des cheveux de la femme, & les couper menus comme poussiere; puis ayant enduit le membre viril avec un peu de bon miel, & jetté la poudre de cheveux dessus, on procédera à l'acte vénérien avec la femme, & elle aura ensuite un très-grand dégoût pour le déduit: si le mari veut la faire revenir de ce dégoût, qu'il prenne de ses propres cheveux, qu'il les coupe en poussiere comme il a fait de ceux de la femme, & après avoir oint son membre viril avec du miel & de la civette, & l'avoir saupoudré de ses cheveux, il procédera à l'acte avec contentement de la femme.
Vous composerez une pommade avec de la térébenthine de Venise, du lait de feuilles d'asperges, du fromage [27] blanc die vache qui soit aigri, & du crystal minéral, puis ayant frotté le ventre, avec une petite éponge empreinte de jus de citron, on appliquera une emplâtre de ladite pommade sur le ventre, & l'on réitérera ce secret plusieurs fois, & on aura, contentement.
Il faut qu'elles aient une petite branche de l'arbre qu'on appelle peuplier, qu'elles la lient d'un ruban de fil blanc avec leurs bas de chausses; & après l'avoir mis sous le chevet da lit où elles doivent dormir la nuit, elles se frotteront les tempes avec un peu de sang d'un oiseau que l'on nomme huppe, & diront en se couchant l'oraison suivante à l'intention de ce qu'elles veulent savoir.
[28]
Kyrios clementissime, qui Abraham servo tuo dedisti uxorem Saram, & filio ejus obedientissimo, per admirabile signum indicati Rebeccam uxorem: indica mihi ancillæ tuæ quem sim nuptura virum, per ministerium tuorum spirituum Balideth, Assaibi, Abumalith. Amen.
Il faut le matin suivant, lorsqu'on s'éveille, se remettre en esprit ce que l'on aura vu en songe durant la nuit, & si en dormant on n'a vu aucune apparence d'homme, on doit continuer pendant la nuit de trois vendredis de suite; si la fille n'a point la représentation d'homme durant les trois nuits, elle peut croire qu'elle ne sera point mariée. Les veuves peuvent faire cette expérience aussi-bien que les filles; avec-cette différence, qu'au lieu que les filles se couchent du côte du chevet, les veuves se doivent coucher du côté des pieds du lit en y transportant le chevet.
[29]
Il faut qu'ils aient da corail pulvérisée, de la poudre d'aiman quils délaieront ensemble avec du sang d'un pigeon blanc; ils feront un petit morceau de pâte, qu'ils renfermeront dans une large figure, & après l'avoir enveloppée dans un morceau de taffetas bleu, ils la pendront à leur cou, & mettront sous le linceul de leur chevet une branche de myrthe, diront en se couchant l'oraison ci-devant marquée, en changeant seulement ces mots: Ancillæ tuæ quem sim nuptura, virum, en ceux-ci qui leur conviennent, servo tuo quam sim nupturus uxorem.
Prenez le. bouc d'un membre génital d'un loup, le goil de ses yeux, & celui qui est à sa gueule en forme [30] de barbe: réduisez cela en poudre par calcination, & le faites avaler à la femme sans qu'elle le sache, & l'on pourra être assuré de sa fidélité; la moëlle de l'épine da dos du loup fait le même effet.
Prenez de la marjolaine sauvage, de la franche marjolaine, du thym sauvage, de la verveine, des feuilles de myrthe, avec trois feuilles de noyer & trois petites souches de fenouil, tout cela cueilli la veille de la S. Jean au mois de juin avant le soleil levé: il faut les faire sécher à l'ombre, les mettre en poudre & les passer au fin ramis de soie; & quand on veut exécuter ce joli badinage, il faut souffler de cette poudre en l'air dans l'endroit où est la fille, ensorte qu'elle la puisse respirer, ou lui en faire prendre en guise da tabac, & l'effet suivra de prè. Un famoux auteur ajoute que [31] l'effet fera encore plus infaillible si cette expérience gaillarde se fait dans un lieu où il y ait des lampes allumées avec de la graisse de lievre & de jeune bouc.
Prenez une anguille morte par faute d'eau, prenez le fiel d'un taureau qui aura été tué par la fureur des chiens, mettez-le dans la peau de cette anguille avec une drachme de sang de vautour, liez la peau d'anguille par les deux bouts avec la corde de pendu, & mettez cela dans du fumier chaud l'espace de quinze jours, & puis vous le ferez sécher dans un four chauffé avec de la fougere cueillie la veille de S. Jean; puis vous en ferez un bracelet, sur lequel vous écrirez avec une plume de corbeau, & de votre propre sang, ces quatre lettres HVTY, & portant ce bracelet autour de votre bras, vous ferez fortune dans tous les lieux.
[32]
Vous assemblerez une infinité de poissons en lieu où vous les pourrez commodément prendre, si vous y jettez la composition suivante. Prenez sang de bœuf, sang de chevre noire, sang de brebis, qui se trouve aux petites entrailles, du thym, de l'origan, de la farine, de la marjolaine, de l'ail, de la lie de vin & de la graisse ou moëlle des mêmes animaux; vous pilerez tous ces ingrédiens ensemble & vous en ferez de petites boules que vous jetterez dans l'endroit de la riviere ou de l'étang, & vous verrez merveilles.
Pilez des orties avec de l'herbe de quinte-feuille, & y ajoutez le suc de jourbarbe avec du bled cuit en eau de marjolaine & de thym, mettez cette composition dans une nasse à prendre du poisson, & en peu de tems elle sera pleine.
[33]
Prenez coque du levant avec du cumin, du fromage vieux, de la farine de froment & de bonne lie de vin; broyez tout cela ensemble & en formez de petites pilules de la grosseur d'un pois, & les jettez dans les rivieres où il y a abondance de poissons & que l'eau soit tranquille, & tous les poissons qui tâteront de cette composition s'enivreront & se viendront rendre au bord, ensorte que vous les pourrez prendre à la main, & peu de tems après l'ivresse se passera, & ils deviendront aussi gaillards qu'ils étoient avant que d'avoir mangé de ce appât.
La fleur de souci, avec la marjolaine, farine de froment, de vieux beurre, de la graisse de chevre avec des vers de terre, broyés & mêlangés ensemble, servent merveilleusement [34] pour attirer toutes sortes de poissons dans la nasse on dans les filets.
Pour faire assembler les poissons en un lieu dans la mer, vous prendrez trois coquilles de celles qui croissent aux rochers; & ayant tiré le poisson qui se trouve dedans, vous écrirez avec votre propre sang sur ces coquilles, les deux mots suivans, JA SABAOTH; & ayant jetté ces coquilles dans l'endroit oû vous voulez que les poissons s'assemblent, vous y en verrez en moins de rien un nombre infini.
Pour prendre grand nombre d'écrevisses, quand on aura découvert les endroits où elles se tiennent, on y mettra des nasses dans lesquelles on aura jetté des morceaux de boyaux de chevres ou quelques grenouilles écorchées, & par ce moyen on en attirera un nombre prodigieux des plus grosses.
[35]
Il faut avoir le plus giros crapaud que l'on pourra trouver, & on l'enfermera dans un pot de terre neuf avec une chauve-souris, & l'on écrira, en dedans du couvercle du pot, ce mot, Achizech, avec du sang de corbeau; l'on enterreta ce pot dans le milieu du champ ensemencé, & il ne faut pas craindre que les oiseaux en approchent: quand les grains commenceront à mûrir, il faut ôter ce pot & le jetter loin du champ dans quelque voierie.
Ayez un hibou ou chouette que vous attacherez la nuit à un arbre de la forêt ou bois taillis, & vous allumerez proche de lui une grosse chandelle qui fasse belle lumiere; plus, deux ou trois personnes feront du bruit autour de l'arbre avec des tambours, [36] les oiseaux viendront en foule, se percher proche du hibou pour lui faire la guerre, & il sera facile d'en tuer tant que l'on voudra avec du menu plomb.
Vous ferez tremper dans de bonne eau-de-vie le grain qui sert de nourriture aux oiseaux, avec un peu d'ellébore blanc; & ceux qui mangeront de ces grains en seront subitement érourdis, ensorte qu'on les pourra prendre à la main.
Si vous voulez prendre corneilles & corbeaux vivans, vous ferez des cornes de papier fort qui soit gris bleu, vous les frotterez en dedans avec de la glu, & y mettrez quelque morceau de viande puante pour les attirer; ensorte que fourrant leur tête dans ces cornets, la glu les arrachera à leurs plumes; & en étant affublés [37] comme d'un capuchon qui leur bouchera la vue, quand ils voudront s'envoler, ils ne pourront, & il sera facile de les prendre.
Vous pourrez mêler de la noix vomique dans la mangeaille des oiseaux, qui, aussi-tôt qu;ils en mangeront, tomberont en défaillance, & il sera loisible de les prendre.
Si vous suspendez en dedans du colombier le crâne d'un vieillard ou du lait d'une femme qui allaitera une fille de deux ans, assurez-vous que les pigeons se plairont dans le colombier & y muliplieront abondamment, soit par les étrangers qu'ils attireront, & tous y vivront paisiblement & sans rancune.
Si vous avez un grand colombier [38] où vous fassiez une grosse nourriture de pigeons, vous leur préparerez la composition suivante pour empêcher qu'aucun ne déserte, & au contraire en attirer d'autres; prenez trente livres de millet, trois livres du cumin, cinq livres de miel; une demi-livre de poivrette, autrement costus, deux livres de semence d'agnus-castus; cuisez le tout en eau de riviere jusqu'à la consomption d'icelle, & puis versez en place trois ou quatre pots de bon vin & environ huit livres de vieux ciment bien pulvérisé; vous ferez cuire encore cela l'espace. de demi-heure à petit feu; vous ferez une masse de toutes ces drogues qui durciront; tous placerez ladite masse dans le milieu du colombier, & vous serez en peu de tems dédommagé de la dépense que vous aurez faite.
J'ai lu dans les écrits d'un ancien cabaliste, que pour empêcher que les [39] serpens & d'autres bêtes venimeuses ne viennent molester de jour ni de nuits les pigeons, il faut écrire avec du sang de bléreau aux quatre coins du colombier & aux fenêtres, ce mot Adam, & vous ferez un parfum de puce d'âne ou pas-d'âne: on croit que la tête du loup suspendue au colombier, produit un semblable effet.
Le livre de la maison rustique enseigne de bonnes pratiques pour bien élever des pigeons, & l'expérience fait connoître qu'on ne peut leur rien donner de meilleur pour les engraisser que de la pâte de fêves fricassées avec du cumin & du miel.
Vous les empêcherez d'aboyer importunément après vous, si vous portez sur vous le cœur & les yeux d'un loup desséchés: la grande antipathie [40] qui est entre le chien & le loup cause cet effet qui a été souvent éprouvé.
Comme la morsure d'un chien enragé est infiniment dangereuse, il est bon d'avoir de prompts remedes pour se garantir des suites funestes de cette maligne, morsure. Vous pilerez donc de la semence de choux avec du laserpitium & de bon vinaigre, vous en ferez une emplâtre que vous appliquerez sur la plaie, que vous aurez au paravant oinre avec huile de baume. La racine fraîche d'églantier qui sent bon, étant pilée & appliquée, est, selon le sentiment de Pline, un prompt remede contre la morsure des chiens.... De bons auteurs naturalistes assurent qu'en prenant du poil de la bête enragée, & le faisant brûler & en boire la cendre mise en bon vin, procure guérison .... Les cancres de riviere étant brûlés durant les jours caniculaires, le 14 de [41] la Lune, lorsque le Soleil entre dans le signe du Lion, & réduits en poudre, on en donnera une demi-drachme dans un bouillon au patient, soir & matin durant 15 jours, & il guérira. Galien assure que ce remede ne lui a jamais manqué dans le besoin.... Je conseille pourtant que l'on ne se fie pas tellement à tous ces remedes, que pour eux l'on néglige d'aller se baigner à la mer, qui est le remede le plus sûr & le plus éprouveé, & l'on pourra pratiquer tous ces petits remedes durant le chemin.
Si vous portez sur vous les yeux & le cœur d'un dogue, qui soit mort par violence, ne craignez pas que le loup vous approche, ainsi au contraire vous le verrez fuir comme un timide lapin .... Si vous suspendez la queue d'un loup qui ait été tué en carnage, dans la crêche ou étable d'un gros ou [42] menu bétail, aucun loup n'en abordera.... Le même effet arrivera pour tout un village, si aux avenues vous enterrez des pieces de loup.... J'ai lu dans les écrits d'un sage naturaliste, une maniere bien surprenante pour prendre des loups en grand nombre, voire même en dépeupler tout un pays qui en seroit infecté; il faut se pouirvoir d'une bonne quantité de poissons, qu'on appelle biemmi ou loups marins: en les éventrant on réserve le sang à part, & après les avoir bien écaillés & nettoyés, on les pilera dans un mortier avee de la chair d'agneau ou de jeunes brebis, & l'on portera cette composition dans le canton où l'on sait que les loups sont; on allumera un grand feu de charbon à l'opposition du vent; c'est-à-dire, que le vent aille da côté ou sont les loups, afin qu'il chasse la fumée que fera la composition de chair & de poisson que l'on mettra sur les charbons; laquelle fumée frappant l'odorat des [43] loups, les attirera en cet endroit; lesquels trouvant cet appât rôti, & pour peu qu'ils en mangent, en seront tellement étourdis, quils s'endormiront, & il sera aisé de les tuer.
Dernière mise à jour de cette rubrique le 19/04/2008