LÈVES TOUJOURS PLUS HAUT TES YEUX VERS LA LUMIÈRE. :
DEUXIEME PARTIE
Hors du silence qui est la paix, une voix sonore s'élèvera.
Et cette voix dira :
"Cela n'est pas assez ;
tu as moissonné, maintenant il te faut semer".
Et sachant que cette voix est le silence même,
tu obéiras.
Toi qui es à présent un disciple capable de te tenir de pied ferme, capable d'entendre, de voir et de parler ; toi qui a vaincu le désir et acquis la connaissance du Soi ; toi qui a vu ton âme en sa fleur, qui l'as reconnue et qui a entendu la voix du silence – va dans le Temple de l'Enseignement et lis ce qui s'y trouve écrit pour toi.
NOTE I
Etre capable de se tenir de pied ferme veut dire avoir confiance ; être capable d'entendre, c'est avoir ouvert les portes de l'âme ; être capable de voir, c'est avoir acquis la faculté de percevoir ; être capable de parler, c'est avoir gagné le pouvoir d'aider les autres ; avoir vaincu le désir, c'est avoir appris à maîtriser et à utiliser la personnalité ; avoir atteint la connaissance du Soi, c'est s'être retiré dans l'intérieur de la forteresse, là où la personnalité de l'homme peut être jugée avec un esprit d'impartialité ; avoir vu ton âme dans sa fleur, c'est avoir obtenu, en toi-même, une vision momentanée de sa transfiguration qui fera de toi, un jour, plus qu'un homme ; reconnaître, c'est accomplir la grande tâche de regarder en face la lumière étincelante, sans baisser les yeux et sans reculer d'épouvante, comme devant quelque fantôme effroyable. C'est ce qui arrive à quelques-uns, et la victoire est ainsi perdue au moment où elle allait être remportée. Entendre la voix du silence, c'est comprendre que la seule direction véritable vient de l'intérieur ; entrer dans le Temple de l'Enseignement, c'est arriver à un état dans lequel le savoir devient possible. Tu trouveras alors bien des paroles écrites en lettres flamboyantes et qui, pour toi, seront faciles à déchiffrer, car lorsque le disciple est prêt, le Maître l'est également.
1. Tiens-toi à l'écart dans la bataille qui se prépare, et bien que tu combattes, ne sois pas toi-même le guerrier.
2. Cherche le guerrier et laisse-le combattre en toi. 3. Prends ses ordres pour la bataille et suis-les. 4. Obéis-lui, non comme s'il était un chef, mais comme s'il était toi-même et comme si ces paroles étaient l'expression de tes secrets désirs ; car il est toi-même, quoique infiniment plus fort et plus sage que toi. Cherche-le ; autrement dans la fièvre et dans l'agitation de la bataille, tu pourrais passer à côté de lui et il ne te connaîtra pas, à moins que tu ne l'aies connu. Si ton cri vient frapper son oreille attentive, alors il combattra en toi et comblera le vide douloureux de ton âme. Et s'il en est ainsi, tu pourras traverser la bataille, infatigable et de sang-froid, restant à l'écart et le laissant combattre pour toi. Il te sera impossible, alors,
de frapper un seul coup à faux. Mais si tu ne le cherches pas, si tu passes à côté de lui sans le voir, il n'y aura aucune sauvegarde pour toi. Ton cerveau se troublera, ton coeur palpitera incertain et dans la poussière du champ de bataille ta vue et tes sens faibliront et tu ne reconnaîtras plus tes amis de tes ennemis. Il est toi-même ; et cependant tu es limité et sujet à l'erreur : lui est éternel et sûr. Il est l'éternelle Vérité. Une fois qu'il aura pénétré en toi, devenant ton guerrier, jamais il ne t'abandonnera entièrement, et, au jour de la grande paix, il deviendra un avec toi.
5. Ecoute le chant de la Vie.
6. Conserve en ta mémoire la mélodie que tu entends.
7. Apprends d'elle la leçon d'harmonie.
8. Tu peux te tenir debout maintenant, ferme comme un roc au milieu de la tourmente, obéissant au guerrier qui est toi-même et qui est ton roi. Sans autre intérêt que de lui obéir – ne te souciant point du résultat de la bataille, car une seule chose importe : c'est que le guerrier soit vainqueur, et tu sais qu'il ne peut être vaincu – tiens-toi calme, attentif, et mets à profit l'entendement que tu as acquis par la douleur et par la destruction de la douleur. Seuls des fragments de la grande symphonie peuvent parvenir à ton oreille tandis que tu n'es encore qu'un homme. Mais si tu les entends, gardes-en fidèlement la mémoire, afin qu'aucun d'eux ne soit perdu pour toi, et tâche d'apprendre la signification du mystère qui t'environne. Avec le temps, tu n'auras plus besoin d'un instructeur. Car de même que l'individu possède une voix, de même en possède une ce en quoi l'individu existe. La vie elle-même a le don de s'exprimer et n'est jamais silencieuse. Son expression n'est point un cri – comme toi qui es sourd pourrais le supposer : elle est un chant. Apprends d'elle que tu fais toi-même partie de l'harmonie ; apprends d'elle à obéir aux lois de l'harmonie.
NOTE II
Cherche-le, et écoute-le premièrement dans ton propre coeur. Tu commenceras peut-être par dire : "Il n'est pas là ; en le cherchant, je ne trouve que dissonances". Cherche plus profondément. Si de nouveau tu es déçu, arrête-toi, puis cherche plus profondément encore. Il y a une mélodie naturelle, une source obscure dans tout coeur humain. Elle peut être recouverte, entièrement cachée et étouffée : mais elle s'y trouve. A la base même de ta nature, tu trouveras la foi, l'espérance et l'amour. Celui qui choisit le mal refuse de regarder en lui-même, et ferme l'oreille à la mélodie de son coeur, comme il ferme les yeux à la lumière de son âme. Il agit ainsi parce qu'il trouve plus commode de vivre au gré de ses désirs.
Mais au-dessous de toute vie passe le courant impétueux qui ne peut être arrêté ; les grandes eaux sont là, en vérité. Découvre-les et tu percevras que tout en fait partie – tout, jusqu'à la créature la plus misérable, quelque persistance qu'elle mette à s'aveugler volontairement sur ce point et à revêtir un masque fantomatique d'horreur.
C'est dans ce sens que je te dis : Tous les êtres vivants parmi lesquels tu combats sont des fragments du Divin. Et si trompeuse est l'illusion dans laquelle tu vis, qu'il est difficile de deviner où tu commenceras à distinguer la douce voix dans le coeur des autres. Mais sache qu'elle est certainement en toi-même. C'est là qu'il te faut la chercher et une fois que tu l'auras entendue, tu la reconnaîtras plus facilement ailleurs. ]
9. Observe avec attention toute la vie qui t'environne.
10. Apprends à regarder avec intelligence dans le coeur des hommes.
11. Observe avec une attention suprême ton propre coeur.
12. Car ton coeur est la voie par où jaillira l'unique lumière capable d'illuminer la vie et de la rendre claire à tes yeux.
Etudie le coeur humain, afin de comprendre ce qu'est le monde dans lequel tu vis et dont tu veux faire consciemment partie. Considère la vie sans cesse mouvante et changeante qui t'environne, car elle est constituée par les coeurs des hommes, et, à mesure que tu comprendras leur
constitution et leur signification, tu deviendras capable, par degrés, de percevoir le sens le plus large de la vie.
NOTE III
A un point de vue absolument impersonnel, autrement ta vision serait obscurcie. C'est pourquoi il faut être absolument impersonnel.
L'intelligence est impartiale ; aucun homme n'est ton ennemi, aucun homme n'est ton ami : tous sont également tes instructeurs. Ton ennemi devient pour toi un mystère qu'il te faut résoudre, même si cela demande des siècles, car l'homme doit être compris. Ton ami devient une partie de toi-même, une expansion de toi-même, une énigme difficile à déchiffrer. Une chose est plus difficile à connaître encore : ton propre coeur. Jusqu'à ce que les chaînes de ta personnalité se soient relâchées, tu ne pourras commencer à comprendre le profond mystère du Soi. Et pas avant que ces chaînes soient tombées, tu n'en pourras avoir la pleine révélation. Alors – et alors seulement – il te sera possible de la saisir et de la diriger. Alors – et alors seulement – tu pourras employer tous ses pouvoirs et les consacrer à un noble service.
13. La parole ne vient qu'avec la connaissance. Acquiers la connaissance, et tu posséderas la parole.
NOTE IV
Il est impossible d'aider les autres tant que tu n'es pas arrivé à une certaine certitude personnelle. Quand tu auras appris les premières vingt et une règles, que tu seras entré dans le Temple de l'Enseignement avec des pouvoirs développés et l'entendement ouvert, alors tu trouveras en toi une source d'où jaillira la parole.
Après la treizième règle, je ne puis rien ajouter à ce qui est déjà écrit.
Je te donne ma paix.
Ces notes sont écrites uniquement pour ceux auxquels je donne ma paix ; pour ceux qui peuvent lire ce que j'ai écrit avec les sens internes aussi bien qu'avec les sens externes.
14. Ayant obtenu l'usage des sens internes, ayant maîtrisé les désirs des sens externes ayant vaincu les désirs de l'âme individuelle et ayant acquis la Connaissance, prépare-toi maintenant, ô disciple, à entrer réellement dans la voie. Le Sentier est trouvé ; soit prêt à le suivre.
15. Demande à la terre, à l'air et à l'eau les secrets qu'ils gardent pour toi.
16. Demande aux Saints de la terre les secrets qu'ils détiennent pour toi.
17. Demande au plus intime de ton être, à l'Unique, le secret final qu'il conserve pour toi à travers les âges.
Le développement de tes sens internes te le permettra.
La maîtrise des désirs de tes sens externes t'en donnera le droit.
La grande, la pénible victoire, la maîtrise des désirs de l'âme individuelle est un travail qui exige, pour son accomplissement, des siècles
sans nombre ; c'est pourquoi ne t'attends pas à obtenir sa récompense avant que des âges d'expérience se soient accumulés derrière toi. Lorsque le temps d'apprendre la dix-septième règle est arrivé, l'homme est sur le point de devenir plus qu'un homme.
18. La Connaissance qui maintenant est tienne, l'est uniquement parce que ton âme s'est identifiée avec toutes les âmes pures et avec l'Etre le plus intime en toi. C'est un dépôt qui t'est confié par le Très-Haut. Si tu trahis sa confiance, si tu emploies à tort cette connaissance ou si tu la négliges, il te sera possible, même à présent, de retomber des hautes régions auxquelles tu as atteint. De grands êtres, parvenus jusqu'au seuil même, retombent, incapables de soutenir le poids de leurs responsabilités. C'est pourquoi pense toujours avec crainte et en tremblant à ce moment solennel, et sois prêt pour la bataille.
Il est écrit qu'aucune loi ne peut être formulée, qu'aucun guide ne peut exister pour celui qui se trouve au seuil de la divinité. Cependant, afin d'éclairer le disciple, la lutte finale peut être exprimée ainsi :
19. Attache-toi fermement à ce qui n'a ni substance ni existence.
20. Ecoute uniquement la voix qui n'a pas de son.
21. Fixe ton regard exclusivement sur ce qui est invisible aux sens internes comme aux sens externes.
LA PAIX SOIT AVEC TOI
COMMENTAIRES
COMMENTAIRE I
AVANT QUE LES YEUX PUISSENT VOIR, ILS DOIVENT ETRE INACCESSIBLES AUX LARMES
Il faut que tous les lecteurs de ce volume se rappellent très nettement que ce livre peut leur paraître renfermer quelque philosophie, mais qu'il n'aura guère de sens s'ils le croient écrit en langage ordinaire. Pour la foule qui lit de cette façon strictement littérale, il semblera trop haut en saveur pour être goûté. Soyez prévenus et lisez, le moins possible, de cette manière.
Il y a une autre façon de lire qui est, en vérité, la seule dont il convient de se servir avec certains auteurs : c'est de lire non entre les lignes, mais dans le coeur des mots. A vrai dire, c'est déchiffrer une écriture secrète. Tous les ouvrages des alchimistes sont écrits dans l'écriture secrète dont je parle ; elle a été utilisée de tout temps par les grands philosophes et les grands poètes. Elle est employée systématiquement par les Adeptes de la Vie et du Savoir qui, exprimant, en apparence, leur profonde sagesse, cachent sous les mots même qu'ils emploient son réel mystère. Ils ne peuvent faire davantage. Une loi de la Nature exige, en effet, que tout homme doit découvrir tout seul ces mystères ; il ne peut les obtenir autrement. L'homme qui veut vivre, doit absorber lui-même sa nourriture : c'est là une loi naturelle qui s'applique aussi à la vie supérieure où, s'il veut vivre et agir, l'homme ne peut être nourri à la cuiller comme on nourrit un enfant : il doit se nourrir lui-même.
Je me propose de mettre dans une forme de langage nouvelle et parfois plus claire, certaines parties de La Lumière sur le Sentier, mais je ne puis assurer que mon effort aboutira réellement à une meilleure explication. Une vérité n'est pas rendue plus intelligible à un sourd-muet
du fait que, pour la rendre telle, quelque linguiste original aura traduit les mots qui l'expriment dans toutes les langues vivantes ou mortes, et lui aura crié à l'oreille ces différentes traductions. Mais pour ceux qui ne sont pas sourds-muets, un langage est généralement mieux compris que les autres, et c'est à ceux-là que je m'adresse. Les tous premiers aphorismes contenus dans la première partie de La Lumière sur le Sentier sont, je le sais, restés scellés quant à leur signification cachée pour beaucoup de ceux qui, à d'autres égards, ont suivi l'orientation donnée par ce livre.
En ce qui concerne l'initiation à l'Occultisme, il y a quatre épreuves à subir et certaines vérités à connaître. Les Portes d'Or en défendent l'entrée ; cependant quelques-uns ouvrent ces portes et découvrent l'au-delà sublime et illimité. Dans les lointains espaces du Temps, tous franchiront ces Portes ; mais je suis de ceux qui désirent que le Temps – ce grand trompeur – ne soit pas ainsi tout-puissant. A ceux qui le connaissent et qui l'aiment, je n'ai rien à dire ; mais aux autres – moins rares qu'on ne pense – aux autres, pour qui le passage du Temps est comme le coup d'un marteau de forgeron et la sensation de l'espace comme les barreaux d'une cage de fer, pour ceux-là, dis-je, je traduirai et retraduirai jusqu'à ce qu'ils aient complètement compris.
Les quatre vérités écrites en première page de La Lumière sur le Sentier se rapportent à l'épreuve de l'aspirant Occultiste. Jusqu'à ce qu'il ait traversé cette épreuve, il ne peut même pas toucher le loquet de la Porte qui donne accès au Savoir. Le Savoir est le plus bel héritage de l'homme, alors pourquoi n'essaierait-il pas de l'obtenir par tous les moyens possibles ? Le laboratoire n'est pas le seul terrain de l'expérience ; le mot science – il faut le rappeler – est dérivé de sciens participe présent de scire : "connaître", "apercevoir". La science ne s'occupe donc pas que de la matière, non, pas même de ses formes les plus subtiles et les plus obscures. Une telle idée ne peut être née que du fol esprit du siècle. Science est un mot qui embrasse toutes les formes du savoir. Il est extrêmement intéressant de suivre les découvertes des chimistes comme aussi de les voir se frayer un chemin, à travers les densités de la matière jusqu'à ses formes les plus subtiles ; mais il existe d'autres sortes de savoir que celle-ci, et tout le monde ne restreint pas sa soif – strictement scientifique – de savoir, aux seules expériences susceptibles d'être contrôlées par les sens physiques.
Celui qui n'est pas sottement indifférent ou paralysé par quelque vice capital, devine ou peut même découvrir avec quelque certitude qu'il existe des sens subtils latents au-dedans des sens physiques. Il n'y a rien qui soit extraordinaire dans ceci car, si nous prenions la peine d'invoquer le témoignage de la Nature, nous trouverions que tout ce qui est perceptible à la vue ordinaire possède – caché en soi – quelque chose de plus important que lui-même. Le microscope nous a ouvert un monde, mais au coeur de ces enveloppes révélées par le microscope repose un mystère qu'aucun instrument ne peut déceler.
Le monde entier est animé et illuminé, jusqu'en ses formes les plus matérielles, par un autre monde. Ce monde de l'intérieur est appelé, par quelques-uns, l'Astral ; et cette expression en vaut une autre quoique signifiant simplement : "étoilé" ; mais les étoiles, comme l'a fait ressortir Locke, sont des corps lumineux qui émanent la lumière d'eux-mêmes. Cette qualité est la caractéristique de la Vie qui repose dans la matière, car ceux qui voient la Vie n'ont pas besoin de lampe pour la rendre visible. Le mot "star" (étoile) vient de l'anglo-saxon "stir-an" qui signifie diriger, se remuer, mettre en mouvement, et bien évidemment c'est la vie intérieure qui est maître de la vie extérieure, exactement comme le cerveau de l'homme guide les mouvements de ses lèvres. Aussi, bien que le mot "astral" ne soit pas excellent en soi, je consens à l'employer pour mes fins présentes.
La Lumière sur le Sentier est entièrement écrite dans un langage secret astral et ne peut être déchiffrée que par quelqu'un lisant astralement. Son enseignement est avant tout dirigé vers la culture et le développement de la vie astrale. Tant que le premier pas dans ce développement n'a pas été fait, le prompt savoir appelé intuition emportant en soi sa certitude est impossible à l'homme. Et cette positive et sûre intuition est l'unique forme de connaissance qui rende l'homme capable de travailler rapidement, ou de parvenir à son être véritable et sublime dans la limite de son effort conscient. Obtenir le savoir par l'expérience est une méthode trop lente pour ceux qui aspirent à accomplir un réel travail ; celui qui y parvient par une intuition sûre aborde ses diverses formes avec une extrême rapidité, d'un ardent effort de volonté et comme un ouvrier décidé saisit ses outils – en restant indifférent aussi bien à leur poids qu'à toute autre difficulté qui pourrait se trouver devant lui : il n'attend pas que chacun des outils ait été essayé – il saisit immédiatement ceux qu'il juge les meilleurs.
Toutes les règles contenues dans la Lumière sur le Sentier sont données pour tous les disciples, mais pour les disciples uniquement – c'est-à-dire pour ceux qui veulent "s'emparer du savoir". A tout autre qu'à l'étudiant de notre école, les lois de cet enseignement ne sont d'aucune utilité ni d'aucun intérêt.
A tous ceux qui s'intéressent sérieusement à l'Occultisme, je dis d'abord : saisissez le savoir. "A celui qui possède, il sera donné". Il est inutile d'attendre que le savoir vienne. Au sein du Temps vous resterez et, pendant quelques années, vous demeurerez inertes, sans puissance. C'est pourquoi je dis à ceux qui ont faim et soif de savoir : suivez ces règles.
Aucune de ces règles n'est de moi ni de mon invention. Elles sont simplement l'expression de la super-nature, la traduction en verbe humain de vérités aussi absolues, dans leur propre sphère, que les lois qui régissent la direction de la terre et de son atmosphère. Les "sens" dont il est question dans ces quatre règles sont les sens astraux – ou sens intérieurs. Aucun homme ne désire voir cette lumière qui illumine l'âme extérieure à l'espace, avant que la souffrance, la douleur et le désespoir ne l'aient poussé hors de la vie ordinaire de l'humanité. Après avoir épuisé le plaisir, l'homme doit épuiser la souffrance jusqu'à ce que ses yeux deviennent enfin inaccessibles aux larmes.
Ceci est une vérité évidente, quoique je sache parfaitement le violent démenti qu'elle recevra chez beaucoup de ceux-là mêmes qui sympathisent avec des pensées jaillies de la vie intérieure. Voir, avec le sens de la vue astrale, est une forme d'activité qu'il nous est difficile de comprendre ex abrupto. Le savant sait très bien quel miracle accomplit l'enfant qui vient de naître, quand il lui faut en premier lieu conquérir sa vue et la forcer à obéir à son cerveau. Un miracle identique s'accomplit certainement pour chacun des sens physiques, mais cette prise de commandement de la vue est peut-être, de tous les efforts, le plus étonnant. Encore l'enfant le fait-il presque inconsciemment et en raison de la puissante hérédité de l'habitude. Nul n'est conscient d'avoir jamais accompli cet effort, comme nous sommes incapables de nous rappeler les mouvements indépendants qui nous ont permis de gravir une colline l'an passé. Ceci découle du fait que
nous agissons, vivons et existons dans la matière. La connaissance que nous en avons est devenue intuitive. Il en est tout autrement de notre vie astrale. Au cours d'âges sans nombre, l'homme y a porté très peu d'attention – si peu, qu'il a pratiquement perdu l'usage des sens particuliers à cette vie. Il est vrai que dans toute civilisation l'étoile se lève et l'homme, malgré son plus ou moins grand degré de folie ou de honte, avoue reconnaître ce qu'il sait être. Mais le plus souvent il le nie et, par le matérialisme, devient cet être étrange qui ne peut pas voir sa propre lumière, une forme vivante qui ne veut pas vivre, un animal astral qui a des yeux, des oreilles, la parole et la puissance et qui cependant ne veut utiliser aucun de ces dons. Il en est ainsi pourtant, et l'habitude de l'ignorance est devenue tellement invétérée, que maintenant personne ne veut voir avec la vision intérieure jusqu'à ce que l'agonie ait privé les yeux physiques, non seulement de la vue, mais des larmes – qui sont la buée de la vie. Etre inaccessible aux larmes c'est avoir affronté et maîtrisé l'humaine nature et en avoir atteint un équilibre que ne pourront plus détruire les émotions personnelles. Cet équilibre n'implique pas la dureté du coeur ou l'indifférence. Il n'implique pas l'accablement d'une douleur si vive que l'âme souffrante parait impuissante à la supporter un instant de plus. Il ne signifie pas l'engourdissement de la vieillesse, où l'émotion s'émousse parce que les nerfs qu'elle fait vibrer sont usés. Aucun de ces états ne convient au disciple et si l'un d'eux existe en lui, il doit le vaincre avant de pouvoir s'engager sur le Sentier. La dureté de coeur est le propre de l'homme personnel, de l'égoïste à qui la Porte est à jamais fermée. L'indifférence appartient au sot et au faux philosophe, à ceux dont la tiédeur fait des poupées incapables d'affronter les réalités de l'existence. Quand la douleur ou le chagrin ont émoussé l'acuité de la souffrance, il en résulte une léthargie ressemblant assez à celle qui accompagne la vieillesse, telle que l'expérimentent habituellement hommes et femmes. Un pareil état rendrait impossible l'entrée du Sentier, parce que "le premier pas" fait partie des difficultés à surmonter et réclame un homme fort, plein de vigueur physique et psychique pour le tenter.
Il est vrai, ainsi que le disait Edgar Allan Poe, que les yeux sont les fenêtres de l'âme, les fenêtres de ce palais hanté dans lequel elle habite. Cette interprétation en langage ordinaire est vraiment la plus rapprochée de la signification du texte. Si le chagrin, le découragement, la désillusion ou le plaisir parviennent à ébranler l'âme, au point de lui faire perdre son
appui établi dans la sérénité de l'esprit qui l'inspire, la buée de la vie – les larmes – se répand en noyant le savoir dans la sensation. Tout, alors, devient trouble : les fenêtres sont obscurcies, la lumière est inutile. Ceci est aussi réel – strictement parlant – qu'est certaine la chute d'un homme qui, au bord d'un précipice, perd son sang-froid par suite d'une émotion soudaine. La gravité du corps – l'équilibre – doit demeurer assurée, non seulement dans les endroits dangereux, mais encore sur terrain plat, grâce au secours que nous donne la Nature par la loi de la gravitation. Ainsi en est-il avec l'âme : elle est le lien entre le corps extérieur et l'esprit étincelant au-dessus d'elle ; l'étincelle divine habite l'endroit paisible où nulle convulsion de la Nature ne peut ébranler l'air ; il en est ainsi toujours. Mais l'âme peut se détacher du support qu'elle a en elle, en perdre même le souvenir, bien que ces deux choses – l'étincelle et l'âme – ne forment qu'un seul tout ; et c'est par l'émotion, par la sensation que ce point d'appui est perdu. Eprouver plaisir ou peine occasionne une vibration intense qui est, pour la conscience de l'homme, la Vie. Or, cette sensibilité ne diminue pas du fait que le disciple commence son entraînement, au contraire, elle augmente. C'est là la première épreuve de sa force ; il faut qu'il souffre, il faut qu'il jouisse ou qu'il endure plus vivement que les autres hommes, alors qu'il a assumé un devoir qui n'existe pas pour les autres hommes : celui de ne pas permettre à sa souffrance de le détourner de son immuable but. Il lui faut, en fait, dès le premier pas se prendre en main avec fermeté et porter lui-même l'aliment à sa bouche ; personne d'autre ne peut le faire pour lui.
Les quatre premiers aphorismes de La Lumière sur le Sentier se rapportent entièrement au développement astral. Il faut que ce développement soit partiellement réalisé, c'est-à-dire qu'on s'y soit définitivement engagé – avant que le reste de ce livre soit réellement intelligible, sinon pour l'intellect, avant qu'il puisse être lu comme un traité pratique et non métaphysique.
pas encore trouvé la lumière dans l'obscurité, est aussi impuissante qu'un aveugle ; et tant que ces chocs ne sont pas endurés sans perte d'équilibre, il faut que les sens astraux restent scellés : telle est la loi miséricordieuse. Le "médium" ou le "spirite" qui se lance dans le monde psychique sans préparation est un homme qui viole la loi, un violateur des lois de la super. Nature. Ceux qui violent les lois de la Nature perdent leur santé physique ; ceux qui violent les lois de la vie intérieure perdent leur santé psychique.
Les "médiums" vont à la folie, au suicide, deviennent de misérables créatures dénuées de sens moral et finissent souvent comme les incrédules, en doutant même de ce qu'ils ont vu de leurs propres yeux. Le disciple est forcé de devenir son propre maître avant de s'aventurer sur ce sentier périlleux et de vouloir rencontrer les Etres qui vivent et travaillent dans le monde astral – et que nous appelons les Maîtres à cause de leur grand savoir et de leur capacité de contrôler, non seulement eux-mêmes mais encore les forces qui les entourent.
L'état de l'âme, lorsque celle-ci vit pour la vie de la sensation, toute différente de celle du savoir, est un état de vibration ou d'oscillation, non de fixité. C'est là sa description la plus approximativement littérale, mais elle n'est littérale que pour l'intellect, non pour l'intuition. Pour cette partie de la conscience de l'homme, il faut un vocabulaire différent. Peut-être devrait-on traduire l'idée de "fixité" par "chez soi" (dans son habitat naturel). Aucune demeure permanente ne saurait se trouver dans la sensation, attendu que le changement est la loi de l'existence vibratoire. Cette vérité est la première que doit apprendre le disciple. Il est inutile de s'arrêter pour pleurer sur une scène de kaléidoscope qui vient de passer.
Il y a une vérité très bien connue – vérité dont Bulwer Lytton nous a entretenus avec une grande puissance – c'est qu'une intolérable tristesse est la toute première expérience du néophyte en Occultisme. Sur lui tombe une sensation de vide qui fait du monde un désert, et de la vie un vain effort. Ceci suit sa première contemplation sérieuse de l'abstrait. En considérant, ou même en essayant de considérer, l'ineffable mystère de sa nature supérieure, le néophyte fait tomber sur lui l'épreuve initiale. L'oscillation entre le plaisir et la peine ne cesse peut-être qu'un instant, mais c'est assez qu'elle ait été interrompue pour le délivrer de l'ancre qui l'immobilisait dans le monde de la sensation. Il a expérimenté, si brièvement que ce soit, la vie plus grande et il poursuit péniblement l'existence ordinaire avec un sentiment d'irréalité, de vide et d'horrible
négation. C'est là le cauchemar qui – dans le Zanoni de Bulwer Lytton – tourmentait le néophyte ; et Zanoni lui-même, qui avait appris de grandes vérités et à qui avaient été confiés de grands pouvoirs, n'avait pas réellement passé le Seuil, où crainte et espoir, désespérance et joie paraissent être, à un moment, des réalités absolues puis, l'instant d'après, de simples caprices de l'imagination.
Cette épreuve initiale est souvent attirée sur nous par la vie elle-même car, en définitive, la vie est le grand instructeur. Après avoir acquis le pouvoir de la dominer, nous revenons dans la vie tout comme le professeur de chimie revient dans son laboratoire et s'y instruit beaucoup plus que ne le fait son élève. Il y a des personnes si près de la porte du Savoir, que la vie même les prépare à la franchir sans qu'une main individuelle ait à invoquer le hideux gardien de l'entrée. Il faut naturellement que ces personnes aient des organismes affinés et puissants, susceptibles d'éprouver les plus vives jouissances ; alors, la douleur vient et accomplit son grand devoir. Les formes de souffrances les plus intenses s'abattent sur une telle nature, jusqu'à ce qu'elle s'éveille enfin de son engourdissement de conscience, et que par la force de sa vitalité intérieure, elle franchisse le seuil pour entrer dans le séjour de la paix. Alors l'oscillation de la vie perd son pouvoir de tyrannie. La nature sensitive peut encore souffrir ; mais l'âme s'est affranchie et se tient à distance en guidant la vie vers sa grandeur. Ceux qui sont les esclaves du Temps et qui en traversent lentement tous les espaces, vivent jusqu'au bout d'interminables suites de sensations et éprouvent de constantes alternatives de plaisir et de peine. Ils n'osent pas saisir d'une main ferme le serpent du soi ni le vaincre, et, par là, devenir divins ; mais ils préfèrent continuer de s'user à travers la variété des expériences en subissant les chocs des forces contraires. Lorsqu'un de ces esclaves du Temps décide d'entrer dans le Sentier de l'Occultisme, c'est en cela que consiste sa première tâche. Si la vie ne lui a rien appris de ces choses, s'il n'est pas assez fort pour s'instruire lui-même, mais s'il a assez de puissance pour demander l'aide d'un Maître, alors l'épreuve terrible – décrite dans Zanoni – lui est imposée. L'oscillation dans laquelle il vit, est un instant adoucie ; et il doit survivre au choc que produit la contemplation de ce qui, tout d'abord, lui semble l'abîme du néant. Tant qu'il n'a pas appris à demeurer dans cet abîme, et pas trouvé sa paix, il n'est pas possible à ses yeux de devenir inaccessibles aux larmes.