LÈVES TOUJOURS PLUS HAUT TES YEUX VERS LA LUMIÈRE. :

APOLOGIE DU GRAND OEUVRE

APOLOGIE DU GRAND OEUVRE

OU

Élixir

DES PHILOSOPHES

DIT VULGAIREMENT

PIERRE PHILOSOPHALE

où la possibilité de cette OEuvre

est démontrée très clairement

ET LA PORTE DE LA VRAIE PHILOSOPHIE

NATURELLE EST TOUT À FAIT OUVERTE

par Monsieur l’Abbé Dom Belin

Paris , P. de Bresche 1659

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A Monseigneur Charles de Gorvod archevêque de Besançon,

prince du Saint-Empire, marquis de Marnay, etc

Monseigneur,

L’ouvrage que je dédie à Votre Grandeur n’a point encore vu le jour parce qu’il se

trouve peu de personnes a qui il soit conforme. J’ai été moins, de temps à le composer

qu’à me déterminer à qui je l’offrirais et il serait encore dans l’obscurité si je n’avais pas

l’honneur de vous connaître. L’on a peine à croire qu’il puisse y avoir un Agent général

dans la Nature et l’on ne se peut aussi persuader qu’il y ait des hommes universels en

leurs acquis. Cependant il m’en fallait trouver un marqué à ce riche coin dans le dessein

de dédier cette oeuvre. Vous m’avez favorisé, Monseigneur, en ce rencontre, puisque

vous paraissez aux yeux des plus éclairés avec cet avantage. J’ai vu tant de rapport en

votre personne avec le sujet que je défends que si j’adressais à d’autres cette Apologie,

l’on me pourrait blâmer d’imprudence et de peu de conduite. Les Sages l’appellent leur

Grand OEuvre dont la puissance n ‘a point de bornes et les effets point de prix. Il agit

dans les trois règnes de la Nature d’une façon toute divine puisqu’il en chasse les

défauts qu’il rencontre et leur donne les beautés qu’ils n’ont pas. Rien ne me peut empêcher

de dire. Monseigneur, que les plus sages vous regardent comme leur miroir et que

votre illustre naissance jointe à toutes les belles qualités qui peuvent relever un homme

les oblige à croire que vous êtes. celui où l’Art et la Nature ont travaillé avec soin et se

sont épuisés avec plaisir. Nous connaissons aussi que votre pouvoir et votre autorité

n’ont point de limites puisqu’ils s’étendent partout et que, dans les trois ordres qui

composent un état parfait, vous pouvez tout entreprendre et tout exécuter. L’Église

vous considère et vous suit comme son Flambeau et son Chef, la Noblesse vous honore

comme son Ornement et tout le Tiers État vous regarde comme un Protecteur. Et nous

pouvons penser que comme notre Grand OEuvre produit l’Or au règne métallique,, fait

croître les fleurs et les fruits au végétal, rétablit et conserve la santé parmi les hommes,

vous faites naître de l’amour dans le Tiers État par votre douceur, vous animez les

coeurs des Nobles par votre générosité et vous maintenez heureusement l’Église dans

son lustre par votre prudence. Si l’on vous a vu plusieurs fois présider aux États de

votre Province, ce n’a pas été par un choix, mais par votre mérite. Et si le désir de

l’honneur naturel à tous n’a pu ébranler personne pour lui faire concourir avec vous

dans les occasions de reconnaître votre vertu, c’est un hommage que tous les hommes

lui doivent et un aveu public que tout ce que la Province a de plus beau et de plus

glorieux ne peut dignement couronner que votre chef et que tout le monde est persuadé

que l’on vous doit déférer avec raison et s’estimer au-dessous de vous avec justice. Vous

avez donc. Monseigneur, en votre agir et en vous-même, beaucoup de rapport avec

notre ouvrage et l’on ne me peut blâmer de la liberté que je prends de vous en adresser la

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défense. Plutôt j’ai sujet de croire que si toute une Province a rendu un témoignage

public à vos qualités éminentes, chacun me voudra du bien d’en laisser une marque

étemelle dans mes écrits. J’admire mon bonheur en cette occasion puisque, vous pensant

seulement donner quelques légères preuves de mes respects, je fais du bien au public et

me procure de la gloire. J’oblige toute une Province, la faisant paraître juste et vertueuse

par le récit de l’honneur qu’elle vous rend; je me procure de la gloire et de l’amour,

publiant les vérités qui lui agréent le plus. Mais ce qui m’est le plus glorieux, c’est que

je fais connaître à toute la terre que je suis avec respect, Monseigneur,

De Votre Grandeur et Seigneurie illustrissime,
Le très humble et très obéissant

serviteur,

Dom Belin, Abbé, etc.

AVANT-PROPOS

Puisque l’ignorance et le mensonge combattent plus fortement que jamais

les belles vérités, qu’on ne s’étonne pas si mon zèle s’allume davantage pour

leur défense. C’est un sort donné à la Nature d’être persécutée en ses plus

beaux ouvrages, et à l’Art d’être blâmé en ses plus riches entreprises.

Il semble que le temps qui termine les maux les plus invétérés, au lieu de le

lever lui donne tous les jours de nouvelles forces, et qu’augmentant le nombre

des ignorants il accroît aussi les rigueurs de ses effets pernicieux.

Le Grand OEuvre des Sages tient le premier rang entre les belles choses; la

Nature sans l’Art ne le peut achever, l’Art sans la Nature ne l’ose entreprendre,

et c’est un chef-d’oeuvre qui borne la puissance des deux. Ses effets sont si

miraculeux que la santé qu’il procure et conserve aux vivants, la perfection qu’il

donne à tous les composés de la Nature et les grandes richesses qu’il produit

d’une façon toute divine ne sont pas ses plus hautes merveilles. Si Dieu l’a fait

le plus parfait agent de la Nature, l’on peut dire sans crainte qu’il a reçu le

même pouvoir du Ciel

pour la morale. S’il purifie les corps, il éclaire les esprits; s’il porte les mixtes au

plus haut point de leur perfection, il peut élever nos entendements jusqu’ aux

plus hautes connaissances, d’où vient que plusieurs Philosophes ont reconnu en

cet ouvrage un symbole accompli des plus adorables mystères de la Religion : il

est le Sauveur du grand monde, puisqu’il purge toutes choses des taches

originelles et répare par sa vertu le désordre de leur tempérament, et en cela il

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représente Jésus-Christ. Il subsiste dans un parfait ternaire de trois principes

purs, réellement distincts, et qui ne font qu’une même nature, et en cela il est un

beau symbole de la sacrée Triade. Il est originairement l’Esprit universel du

monde corporifié dans une terre vierge, étant la première production ou le

premier mélange des éléments au premier point de sa naissance, pour nous

marquer et figurer un Verbe humanisé dans les flancs d’une Vierge et revêtu

d’une nature corporelle. Il est travaillé dans sa première préparation, il verse

son sang, il meurt, il rend son esprit, il est enseveli dans son vaisseau, il

ressuscite glorieux, il monte au ciel tout quintessencié pour examiner les saints

et les malades, détruisant l’impureté centrale des uns et exaltant les principes

des autres, en quoi il nous figure les travaux et tourments du Sauveur,

l’effusion de son sang sur la Croix, sa mort, sa sépulture, sa résurrection, son

ascension et son second avènement pour juger les vivants et les morts, de sorte

que ce n’est pas sans sujet qu’il est appelé par les Sages le Sauveur du grand

monde, et la figure de celui de nos âmes. L’on peut justement dire que s’il

produit des merveilles dans la Nature, introduisant aux corps une très-grande

pureté, il fait aussi des miracles dans la morale, éclairant nos esprits des plus

hautes lumières. Bien plus, si nous croyons à Raimond Lulle, il a la puissance

de chasser les démons qui, ennemis de l’ordre, ne peuvent supporter le

merveilleux accord de ses principes et sa parfaite symétrie. Si Dieu a soumis le

Démon aux moindres choses corporelles, abaissant justement au-dessous de son

rang celui qui s’est voulu insolemment élever au-dessus de lui-même, comme

nous remarquons au fiel du poisson de Tobie et en divers simples dont les

odeurs chassent les diables, il est probable qu’ils sont soumis au plus noble

corps de toute la Nature, où le Ciel et la Terre s’accordent pour renfermer leurs

plus riches trésors.

Toutes ces merveilles qui ont charmé le coeur des Sages, ont irrité l’esprit des

ignorants qui, ne pouvant relever leurs pensées plus haut que la portée du sens,

se sont efforcés de tout temps de faire passer cet Élixir de vie pour quelque

docte rêverie, quelque chimère et quelque illusion. Ils ne peuvent comprendre

qu’une substance élémentaire puisse guérir toutes sortes de maux et même

toutes ces grandes maladies que vulgairement les médecins appellent

incurables. Ils ne conçoivent pas que, par l’usage de cette Médecine universelle,

l’on peut conserver une santé entière et prolonger sa vie. Ils ont peine à se

persuader que cette Médecine puisse agir sur tous les corps de la Nature d’une

façon si étonnante. Ils ne sauraient s’imaginer que les minéraux, les végétaux et

toutes sortes d’animaux trouvent dans son usage la délivrance des maux qui les

abaissent et la possession des biens qui les relèvent, que le Plomb, l’Étain et

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autres grossiers métaux puissent devenir Or, un fruit amer puisse être rendu

doux, un cristal frangible puisse acquérir la dureté du diamant, un ladre,

podagre ou paralytique puisse reprendre ses premières vigueurs, et leur

faiblesse fait qu’ils accusent les Sages d’impostures, les Philosophes d’erreurs,

pour avoir dit publiquement que ce remède universel, ce baume catholique et

Élixir de vie, non seulement était possible, mais qu’eux-mêmes l’avaient fait et

avaient reconnu par expérience tous les effets qu’on lui attribue.

Cette ignorance déplorable a pris si fortement racine dans nos jours, que les

plus grandes lumières ne sont point trop éclatantes pour la dissiper. Et comme

il y a longtemps qu’elle a pris naissance dans le monde, ses ténèbres en sont

plus épaisses. Elle a grossi comme les ruisseaux à mesure qu’ils sont plus

éloignés de leurs sources, et je puis dire qu’elle est arrivée à un point que le dessein

d’en purger les esprits de notre siècle pourrait passer pour une espèce de

témérité et de présomption.

Néanmoins, la vérité et la réalité de l’Élixir Philosophai me paraissent si

évidentes que i’aime mieux m’exposer à la censure des ignorants que de me

taire. Si j’attire par ce dessein sur moi une troupe d’injustes et insensés

persécuteurs, j’espère engager les plus savants à ma défense, et peut-être ceux

qui s’emporteront plus contre moi, à la face de cette Apologie, se rendront un

jour par la force de ses raisonnements.

Et si dans le commencement de sa lecture ils me regardent comme un

anathème, à la fin ils me traiteront comme un ami de la Philosophie. Ainsi

j’aurai l’honneur d’avoir ouvert la porte à un ouvrage si riche et si avantageux,

et de telle manière que ceux qui, plongés dans l’erreur n’ont travaillé jusqu’à

présent que par un désir aveugle et sans un raisonnable fondement sur des

fausses et éloignées matières, au préjudice de leur temps, de leurs peines et de

leurs biens, pourront connaître heureusement la véritable et le sujet d’où il la

faut extraire. Du moins j’aurai le plaisir d’avoir travaillé pour le bien du public,

combattu le mensonge et pris parti pour la vérité. Ce sont les principales raisons

qui m’engagent à cette entreprise et qui m’obligent à faire voir à tout le monde,

au grand mépris des ignorants, que l’Élixir des Philosophes est un ouvrage

possible à la Nature, pourvu qu’elle soit aidée et secourue par l’Art, et ce sera

l’effet de mes suivants raisonnements.

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PREMIÈRE PARTIE :

Arguments apologétiques

1

Les quatre Éléments

Et afin de procéder clairement et méthodiquement, il est à supposer

premièrement comme très-véritable que toutes les choses sublunaires sont

simples ou composées. Les simples sont celles qui composent les mixtes; les

composées sont celles qui procèdent du mélange des simples. Les simples sont

celles qui ne contiennent qu’une qualité prédominante des quatre radicales; les

composées sont celles qui sont mélangées de ces quatre premières. Ces

substances simples s’appellent Éléments, parce qu’elles sont les principes

premiers dont tout le reste est composé. Et, en effet, nous connaissons que tous

les mixtes seulement sont composés du chaud, du froid, du sec et de l’humide,

d’où vient que ces quatre Éléments se trouvant opposés et agissant à raison de

leur contrariété les uns contre les autres, s’altèrent doublement, et par rémission

et par intention, et par cette double altération changent le premier et vrai

tempérament nécessaire à la durée de chaque chose et en font un autre propre à

produire un nouveau mixte. Aussi nous remarquons que les êtres qui n’ont

point de contraires sont immortels et non sujets à la corruption pourvu que,

d’ailleurs, il n’y ait point d’autre cause qui les puisse détruire, comme il arriverait

en l’âme raisonnable si elle n’était pas capable d’agir hors de son corps. Je

veux dire qu’en ce cas elle serait mortelle bien qu’elle n’ait aucun contraire,

parce que l’être n’étant que pour l’action, il ne peut subsister dans l’état de ne

pouvoir agir.

Je ne dis pas pourtant que les quatre premières qualités soient contraires dans

toute leur étendue, puisque partout elles s’accordent pour composer tous les

tempéraments. Je veux seulement dire qu’elles ne se combattent qu’en un

certain degré sous lequel nous devons toutefois admettre une certaine latitude,

le tempérament ne consistant pas dans un indivisible. Mais lorsqu’elles sortent

de cette latitude, elles détruisent suffisamment le tempérament qui conserve le

mixte et en composent un autre. Et de là vient cette corruption générale que

nous voyons dans tous les composés de cette basse région.

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II

Les trois Principes

II est certain, en second lieu, que tous les composés de ces quatre Éléments se

réduisent en trois Principes, à savoir, en Soufre, Sel et en Mercure qui, selon

leurs divers mélanges, composent toutes les choses sublunaires, quoique

infinies en nombre, en propriétés et en vertus. C’est un beau sujet de méditation

et un digne motif d’admirer l’Auteur de la Nature, de voir que cette grande

variété de fleurs, de feuilles et de fruits, de pierreries et de métaux, cette

diversité d’espèces parmi les animaux ne provient que du divers mélange de

trois choses. Cette vérité paraît très évidente, puisque dans la résolution de tous

les composés nous y voyons ces trois choses et rien de plus. Nous y voyons une

partie terrestre, une aqueuse et une sulfurée. Nous y voyons un corps, une âme

et un esprit et dans ce ternaire nous y voyons pareillement le quaternaire des

quatre qualités et éléments. Le corps est composé de terre et d’eau, et nous

l’appelons Mercure; l’âme est composée d’air et de feu, et nous l’appelons

Soufre. Le Sel est comme la matière, le Soufre comme la forme, et le Mercure le

moyen unifiant, car, comme le corps et l’âme participent des qualités trop éloignées

et opposées, le Mercure qui participe des qualités de l’âme et du corps

sert de médiateur; et comme il est eau et air, et qu’en tant qu’il est eau il

participe du corps, et en tant qu’il est air il approche de l’âme, de là vient qu’il

fait la liaison du Sel avec le Soufre, du corps avec l’âme. Et il est vrai que selon

le mélange de ces trois choses, de ce Sel, de ce Soufre et ce Mercure, l’un sur

l’autre et l’un avec l’autre, procède cette admirable diversité de toutes choses. Et

afin de ne rien oublier, je vous dirai que ce mélange se fait , en trois façons,

suivant les trois actions différentes qui se rencontrent entre les Éléments, savoir

: l’action du feu sur l’air, de l’air sur l’eau et de l’eau sur la terre qui, comme la

base et le principe purement passif, ne peut agir et n’agit point. L’action du feu

sur l’air fait le Soufre, l’action de l’air sur l’eau fait le Mercure et l’action de

l’eau sur la terre fait le Sel. Et parce qu’il n’y a que ces trois sortes d’actions

entre les Éléments, il n’y peut avoir que ces trois choses dans tous les composés

de la nature inférieure.

C’est pour cela aussi que nous voyons que tous les mixtes d’ici-bas ne se

conservent, nourrissent et entretiennent que par ces trois Principes, d’autant

que chaque chose est nourrie, entretenue et conservée par les mêmes Principes

dont elle est composée. Il semble aux yeux des ignorants que tous les mixtes se

nourrissent de mille choses différentes, mais non aux yeux des Philosophes qui

ne reconnaissent qu’un seul aliment pour tous les mixtes d’ici-bas. Comme ils

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sont composés de Sel, de Soufre et de Mercure, ils ne se nourrissent que de Sel,

de Soufre et de Mercure; et bien que ces trois choses paraissent tant diversifiées,

c’est que la Nature mignarde ses ouvrages et les revêt diversement pour

contenter les différents tempéraments de toutes choses. Elle fait comme un

habile cuisinier qui d’une même chose fait des ragoûts tous différents et prépare

les mêmes aliments de mille différentes manières. Toutes ces différentes

espèces qui nous étonnent par leur diversité ne sont qu’une même chose

diversement assaisonnée et mélangée. Les minéraux, les végétaux et animaux

paraissent se conserver et se nourrir diversement; ils n’ont toutefois tous qu’un

même aliment composé de Soufre, de Sel et de Mercure. La même chose qui

conserve fait croître et élève les plantes, conserve et nourrit les métaux, les

minéraux et animaux, et cet aliment commun est le baume de la Nature,

composé de ces trois choses qui font tout, conservent tout et se trouvent

partout. Il est attiré dans nos jardins par nos simples, dans nos parterres par nos

fleurs, dans nos montagnes et cavernes par nos minières, et, parmi les animaux,

par les estomacs. Il se fait plante dans les jardins, fleur dans les parterres, métal

dans les minières et animal dans notre corps. Les plantes et les minéraux le

sucent dans la terre immédiatement et les animaux le sucent par l’entremise des

plantes et des animaux mêmes; comme les natures minérale et végétale ne sont

pas si parfaites que l’animale, et sensitives, elles le sucent sans préparation et

moins déterminé; mais parce que les animaux sont plus parfaits et exercent les

opérations des sens, ils le sucent plus préparé, plus poussé et plus conforme à

leur tempérament; mais c’est toujours le même baume préparé diversement qui

les nourrit et les conserve chacun à leur mode et suivant leur constitution; et,

bien que souvent il soit enveloppé de crasse, d’impuretés d’ordures, la vertu et

chaleur naturelle de chaque chose ne laisse pas de l’attirer à soi quand elle est

assez forte et sépare d’une façon toute miraculeuse toutes ces hétérogènes et

étrangères enveloppes : d’où vient que nous voyons par expérience que les

animaux jettent autant d’excréments en apparence qu’ils ont pris d’aliments.

C’est qu’ils ne retiennent que ce baume qui est en chaque chose et qui est en très

petite quantité. Ce reste n’est qu’un déguisement, une boîte ou, si vous voulez,

une prison où il est enfermé. Cet aliment universel nous était figuré par la

Manne qui contenait toutes sortes de saveurs et qui s’accommodait au goût de

tous ces peuples au désert. Nous remarquons aussi que les terres qui n’ont

point de ce baume, que le vulgaire appelle Sel, sont stériles et ne rapportent rien

et que tout meurt à mesure qu’il manque de ce baume.

Si donc tout est conservé par ce baume fait de Sel, de Soufre et de Mercure et si

nous découvrons ces trois choses, et rien de plus, dans les résolutions de tous

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les composés, c’est une marque très-évidente que tout est fait et composé de ces

trois choses.

III

La Matrice et le Vaisseau universel de la Nature

Puisque tout est composé de ces trois Principes, Soufre, Sel et Mercure, suivant,

comme nous avons dit, les trois actions diverses des Éléments, il faut

nécessairement qu’il y ait un composé général de ces trois choses qui en

procède immédiatement, parce que aussitôt que les Éléments agissent les uns

sur les autres, ils n’agissent pas pour porter d’abord leur mélange dans le

dernier degré où la Nature peut atteindre; d’autant qu’agissant sagement en

tout ce qu’elle fait elle marche pas à pas et elle avance de degré en degré; jamais

elle ne saute en ses ouvrages, elle passe toujours par le milieu, et cela s’observe

et se remarque en toutes les opérations qu’elle produit dans ses trois règnes; son

intention est bien d’aller au plus parfait, mais non sans passer par les milieux

qui l’y conduisent. Quand elle travaille dans les minières, elle ne prétend pas

faire du Plomb, de l’Étain, du Mercure, du Fer, du Cuivre, ni même de l’Argent,

mais seulement de l’Or. Mais comme elle est toujours sage et suit les

mouvements de son auteur, elle n’entend pas faire de l’Or d’abord et dans son

premier pas; et, travaillant dans le règne des plantes, elle veut faire des simples

et des arbres parfaits mais non pas en un jour; parmi les animaux elle prétend

former, élever et organiser un corps avec toute la beauté qu’elle peut, mais non

sans faire plusieurs différentes démarches. Et comme, travaillant dans un règne

particulier et déterminé, elle va pas à pas, aussi auparavant que de passer dans

le particulier, elle commence par le général et par la première action de ses

Éléments; elle fait un mixte universel et général qui se rencontre par toute la

terre, cet élément étant la matrice et le vaisseau universel de la Nature et, de ce

mixte général, tous les autres sont composés; c’est de lui qu’ils prennent leur

naissance, c’est par lui qu’ils s’élèvent, qu’ils s’entretiennent, qu’ils se

conservent et se nourrissent; il forme et enrichit les minéraux et les métaux; il

compose et fait croître les plantes; il fait et il nourrit les animaux. C’est ce

premier ouvrage des Éléments estimés par les Sages plus que tout l’Or du

monde; c’est ce sujet vil et précieux; c’est cette matière qui n’est pas la première,

mais quasi la première; c’est cette pâte qui fait tous les pains cuits de la Nature;

c’est cet Or des Philosophes, c’est la semence de l’Or, c’est cette pierre minérale,

végétale et animale et qui pourtant n’est minérale, végétale ni animale; c’est ce

Mercure qui comprend tout ce que cherchent les Sages, c’est cette eau qui ne

mouille pas les mains; c’est ce Prothée qui se revêt de toutes les couleurs; c’est

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ce poison et c’est cet antidote, c’est ce feu de nature, c’est ce bain du Roi et de la

Reine, c’est ce fils du Soleil et de la Lune, c’est l’Androgée des Sages, c’est cette

Vénus hermaphrodite qui contient les deux sexes, le mâle et la femelle, le froid,

le sec, l’humide et le chaud, en un mot c’est la matière et le sujet des Sages.

IV

Le travail de la Nature

Mais la Nature a ses limites et ses bornes en toutes ses opérations, tant à raison

des impuretés, des taches et des ordures qu’elle ne peut séparer dans sa

composition et premier mélange des Éléments en ses Principes, que pour

l’indisposition de la matière ou du lieu où elle travaille pour faire son mélange

et pour le défaut de la chaleur nécessaire à réitérer et pousser plus avant ses

mêmes opérations. De là vient que son premier composé général est impur et

moins élevé et par conséquent ses Principes restent généraux. Ce Soufre

général, ce Mercure général et ce Sel générai dont tous les mixtes particuliers

sont composés participent de la même impureté et imperfection de leur

naissance. C’est une tache ou un péché originel qu’ils tirent de leur source, c’est

une souillure qui vient du père et de la mère et qui est communiquée à tous les

mixtes particuliers par voie de génération. Les crasses, les fèces, les terrestréités,

sulfuréités, les phlegmes et autres impuretés semblables, que nous voyons aux

métaux imparfaits, sont des effets de ce péché. L’âpreté, l’aigreur, la crudité, les

indigestions, l’immaturité et autres pareils défauts qui se remarquent aux

végétaux sont des ruisseaux de cette source. Les maladies et les infirmités que

les animaux souffrent sont des marques de ce venin et il n’y a rien dans toute la

nature sublunaire qui n’ait été conçu et engendré avec ce péché et cette tache

originelle. L’Or même qui est le plus parfait composé d’ici-bas n’a point été

conçu sans cette tache et la conception des plus purs n’a point été immaculée. Il

est vrai que son Sel, son Soufre et son Mercure sont les plus épurés. Toutefois ils

ne sont point exempts de certaines taches centrales, moins grossières que celles

qui se rencontrent dans les autres métaux, comme il paraît par leurs

dissolutions. De plus, il n’est pas tant élevé qu’il pourrait être, n’ayant dans le

mélange et constitution de ses trois Principes que le poids, la teinture et la

fixation qui lui sont nécessaires et n’en pouvant communiquer aux autres. Et

nous remarquons que tous les mélanges qui se font des autres métaux et

minéraux avec l’Or, quoique purifiés par leurs ciments et autres procédés, ne

sont pas des augments de cet Or, mais qu’après tous ces travaux on trouve

toujours l’Or au même état qu’il était auparavant et les métaux que l’on a

mélangés nullement exaltés. Nous voyons aussi que la nature demeure des

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centaines d’années à faire le plus beau et le plus riche de ses mixtes ou

composés élémentaires. C’est à raison de ses impuretés originaires qui

amortissent la force et la vigueur des actions de la Nature, que celle-ci,

manquant de chaleur nécessaire pour porter et pousser ses digestions au point

qu’elle voudrait, est contrainte de continuer le même travail pour faire en un

long temps ce qu’elle ferait en peu par des opérations plus fortes et vigoureuses.

V

Le travail de l’Art

Or si ce mixte général, impur dans sa naissance et qui infecte tous les mixtes

particuliers de son premier venin, étant leur fondement, leur nourriture et

aliment, était exempt de ses impuretés et taches originelles et si le mélange des

Principes qui sont sa composition était exalté en eux-mêmes et rendu plus

parfait, il est certain qu’il aurait le pouvoir d’exalter, élever et perfectionner; car

si, dans sa faiblesse et dans son mélange imparfait, il fait, il nourrit, il élève et

conserve tant de belles et diverses espèces au règne minéral, végétal et animal,

que ne ferait-il pas si son mélange était pur et parfait? Sans doute il produirait

des mixtes beaucoup plus beaux, il les nourrirait plus abondamment, les

conserverait plus fortement et les élèverait plus hautement, Mais il est vrai, et

personne n’en peut jamais douter, que l’Art, se joignant à la Nature, peut

donner cette perfection et cette pureté en supplément à tous les défauts de la

Nature. Ce qu’il peut faire et fait premièrement quand il sépare les taches et les

ordures des trois Principes généraux, leur fournissant une matière, un lieu ou

un vaisseau plus convenable que n’est celui où la Nature opère, qui est rempli

de crasses et de mille sortes d’immondices. Secondement, en administrant un

feu plus proportionné, plus fort et qu’il manie plus à son gré et comme il veut,

pour réitérer avantageusement et avec surcroît les mêmes opérations que la

Nature pratique en ses ouvrages et son mélange qui sont digestion, évaporation

et distillation, purifiant les trois Principes en rejetant les crasses et les parties

plus grossières du Sel, les aquosités superflues du Mercure et les parties

adustibles du Soufre. L’Art perfectionne le Sel, le Soufre et le Mercure en

digérant, évaporant et distillant plus fortement et plus souvent que ne peut la

Nature, qui, sans l’aide et le secours de l’Art est défectueuse et n’a pas assez de

chaleur pour bien faire et ainsi pousser et réitérer ses opérations.

VI

La Médecine universelle et l’Élixir des Philosophes

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Si l’Art et la Nature, ou plutôt si la Nature aidée de l’Art peut faire le mixte

général très-parfait, il est indubitable qu’étant appliqué aux mixtes particuliers,

impurs et imparfaits l’Art les perfectionnera et portera leurs Principes dans leur

dernière pureté. Étant joint avec les métaux imparfaits, il en fera de l’Or qui est

le terme de la Nature au genre minéral. Pareillement, il rendra les végétaux

capables de produire promptement les meilleurs fruits dans leur espèce et

guérira les animaux de toutes les maladies et sera la panacée, la Médecine

universelle à tous les mixtes et composés de la Nature, parce que le bien, par

inclination essentielle envers ce qui lui est semblable et proportionné, s’y joint

et s’y attache et partant, le très-grand bien qui est dans ce mixte parfait,

rencontrant dans les mixtes particuliers quelque chose de bon, il l’embrasse et

s’y unit étroitement; et ainsi en s’unissant avec lui, il l’accroît et l’augmente; et,

par raison contraire, ayant une aversion essentielle beaucoup plus forte contre

le mal, il rejette tout le mal qu’il rencontre dans les mixtes et, par conséquent, il

purifie, il perfectionne, il exalte, il conserve, il guérit tous les sujets où il est

appliqué suffisamment et comme il faut.

C’est sur ces fondements que se sont appuyés tous les Philosophes quand ils

ont attribué tant de merveille à leur Élixir, quand ils ont dit qu’étant appliqué à

l’Or il exaltait sa teinture et sa fixation avec exubérance, en sorte qu’il en

pouvait communiquer abondamment aux métaux imparfaits; qu’en en jetant un

grain ou environ dans de l’eau et en arrosant toutes sortes de plantes, il les

faisait produire en peu de temps leurs meilleurs fruits et même au plus fort de

l’hiver; qu’étant bu dans les liqueurs convenables aux maladies du corps

humain, il guérissait très-promptement, rompait le calcul, nettoyait la lèpre,

apaisait les gouttes, purifiait le sang, confortait la chaleur naturelle, réparait

l’humide radical, chassait l’intempérie et, en un mot, donnait la santé, la force et

toute la vigueur que l’animal pourrait avoir ; qu’étant joint au verre, il le rendait

très malléable; au cristal, qu’il en faisait un diamant; au teint, qu’il l’embellissait

merveilleusement; aux pierreries, qu’il augmentait leur dureté, leur brillant,

leur couleur, leur beauté et leur prix.

Ce n’est pas aussi sans raison qu’ils ont dit que cet Élixir se pouvait multiplier

en quantité et en vertu jusqu’à l’infini, puisque tant plus qu’il se fait de

digestions d’un sujet, de distillations et d’évaporations, tant plus il se dépure et

il s’exalte; et l’Art peut répéter ces trois opérations autant qu’il veut; il peut

aussi administrer plusieurs fois les Principes qui le composent et qui, partant, le

multiplient.

C’est sur ces mêmes fondements que je m’appuie pour fermer la bouche à nos

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ignorants présomptueux qui osent entrer en compromis avec les Sages du

temps et de l’Antiquité et pensent triompher de la vérité par des raisons frivoles

qu’ils opposent aux principes inébranlables et assurés de la Philosophie. Qu’ils

ne se mettent pas de nouveau en colère si j’appelle frivoles et légères leurs plus

fortes objections. C’est le plus doux épithète que je leur puis donner et, afin de

le faire avouer à eux-mêmes et les confondre davantage, bien qu’elles ne soient

pas dignes d’arrêter nos esprits et ne méritent point de réponse, examinons-les

toutes en détail et en particulier, et faisons leur honneur d’y répondre à leur

confusion, à l’avantage de la vérité qui, ne pouvant être vaincue, éclate d’autant

plus qu’elle est persécutée et traversée, et que les armes dont on se sert pour la

combattre sont faibles contre son bouclier.

DEUXIÈME PARTIE

Réponses aux objections

Première objection

Le premier trait de l’ignorance en ce rencontre est de dire que, depuis la

naissance du monde jusqu’à nos jours, nous ne trouvons pas que personne ait

accompli cet OEuvre et que, par cette raison, nous devons croire que l’entreprise

en est vaine et le succès impossible. Je laisse à juger à tout le monde si cette

première objection n’est pas tout à fait ridicule, et si c’est raisonner en habile

homme de conclure à l’impossible par la négation d’un fait. Celui qui dirait que

Dieu ne peut créer de nouvelles créatures s’il voulait parce qu’il ne les a pas

encore créées, que le Roi ne peut faire des armées de cent mille hommes parce

qu’il n’en a point encore levé de si nombreuses, passerait-il pas justement pour

dénué de sens? C’est une maxime dans la Logique que la conséquence est

vicieuse, qui infère, par la privation de l’acte, un défaut de puissance. Ainsi,

quand il serait vrai que personne n’a jamais fait le Grand OEuvre des Sages, l’on

ne pourrait pas en inférer que le succès est impossible.

Mais tant s’en faut que nous devions accorder que cet OEuvre n’a pas été fait;

plutôt nous devons et pouvons croire raisonnablement que plusieurs

Philosophes favorisés de la grâce du Ciel l’ont vu, l’ont manié, l’ont accompli et

s’en sont heureusement servi. Autrement, il faudrait révoquer en doute les

écrits de plusieurs grands personnages qui l’assurent avec serment. Si le

rapport de deux ou trois témoins, pris même du commun du peuple, fait foi

parmi les hommes, si celui d’un homme d’honneur et de mérite rend une

créance raisonnable, à plus forte raison le rapport de plus de cent grands

hommes illustres en piété, en vertu, en science, fait un témoignage très-probable

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que cet ouvrage a été fait, et nous devons beaucoup plus à leur autorité qu’à

l’imagination d’un insensé vulgaire qui fait des sens l’arbitre de toutes les

créances. Le grand Hermès, appelé Mercure Trismégiste, qui a eu toute la

connaissance de la Nature, qui même s’est élevé jusqu’a à découvrir quelques

rayons du mystère ineffable de la sacrée Triad

Dernière mise à jour de cette rubrique le 19/04/2008
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